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Une « rue de Crouy » ! Pourquoi ?

Publié Le 14 Décembre 2014
Une « rue de Crouy » ! Pourquoi ?

« Jadis chemin vicinal n°27 de Saint-Roch à Bel-Air, il fut dénommé le 3 mai 1927 pour devenir la rue de Crouy.
Pourquoi donner ce nom à cette rue, trait d’union entre Bel-Air et le quartier des Vennes ?

Il faut savoir que Crouy est le nom d’une petite ville du département de l’Aisne, à trois kilomètres de Soissons, chef lieu d’arrondissement de l’Aisne, sur l’Aisne. Soissons se trouve à 100 kilomètres au nord-est de Paris, à l’est de Compiègne. C’est la « Cité du Vase », qui souffrit des invasions allemandes en 1870, 1914-1918 et lors de la Seconde Guerre mondiale.
Pendant la Première Guerre mondiale, le 23ème R.I., cher au coeur des Bressans et des Burgiens a combattu en ce lieu. Cette localité a changé de mains plusieurs fois ; elle fut presque totalement détruite par les bombardements répétés et intensifs de l’artillerie lourde ennemie.

Après l’armistice du 11 novembre 1918, ces pays dévastés ont vu se lever des parrainages pour les reconstruire. C’est ainsi qu’à partir de 1917, un comité fut constitué à Bourg-en-Bresse pour aider à la reconstruction de Crouy. Les aides furent si importantes que dès 1924, la localité fut entièrement reconstruite. Le département tout entier a voulu contribuer au relèvement de la ville, tant ses soldats du 23ème R.I. étaient tombés héroïquement sur le sol de cette cité des bords de l’Aisne.
En reconnaissance, la municipalité a donné le nom de « Département de l’Ain » à la rue principale de cette commune. »

(D’après « Bourg-en-Bresse, votre rue, son histoire »
Maurice Brocard, Le Diamant de la Vouivre novembre 2011)

Les Batailles de l’Aisne.

Il s’agit des combats livrés aux abords de cette rivière du bassin parisien, affluent de l’Oise et longue de 300 kilomètres. Elle prend sa source dans l’Argonne et arrose Sainte-Menehould, Rethel et Soissons.
Aux avancées sud-ouest du plateau de Craonne se livre une lutte pour laquelle paraissent avoir été engagés de part et d’autre, des effectifs supérieurs à ceux ayant participé après plusieurs semaines aux actions locales de cette région. Le promeneur qui, après avoir passé sur la rive droite de l’Aisne, sort des faubourgs de Soissons, se trouve devant une fourche formée de deux branches, de deux voies : l’une, celle de droite conduit à Laon et atteint à trois kilomètres le village de Crouy, d’où elle s’élève aussitôt sur un plateau portant la cote 175. L’autre, la route de Chauny monte en lacets sur des hauteurs qui prennent à gauche la dénomination de Mont de Cuffies. A droite de la route, s’étend la croupe 132, qui pointe en éperon vers le saillant de la Ferme » de la Perrière. Entre cette ferme et l’éperon 132, court un ruisseau, la Jossienne qui suit la voie ferrée Soissons-Laon. Ces simples données topographiques permettent de mieux saisir le déroulement des combats de la mi-janvier 1915.

Nos troupes, débouchant de Soissons, ont enlevé la croupe et l’éperon 132. Mais dominées par les positions de la Perrière, par-delà le thalweg de la Jossienne, elles ont dû abandonner l’éperon et se maintenir dans les tranchées de la partie occidentale de la croupe, comme le constate le communiqué du 13 janvier, 3h00.
Une contre-attaque a alors été dirigée vers la Perrière en partant de Crouy, mais violemment attaquées de l’est, nos troupes n’avaient pu dépasser Crouy et elles restèrent sur la ligne Cuffies-Laon-Misy-sur-Aisne, village qui forme tête de pont sur la rivière en crue. Entre-temps, la ville de Soissons a été bombardée avec intensité. L’arrivée subite de renforts allemands a augmenté l’âpreté des engagements, les corps à corps devenant fréquents.


La bataille de Crouy. Du 8 au 14 janvier 1915


D’après la manière dont elle s’est développée, il semble d’emblée peu probable que cette bataille de trois jours, livrée aux portes septentrionales de l’Aisne, ait été la résultante d’un plan longuement mûri. Elle serait plutôt née d’un de ces combats occasionnels appelés combats « d’avant-garde ».
Pourtant, l’initiative appartint aux Français : tranchées conquises à la baïonnette l’une après l’autre. Nos troupes avaient enlevé la croupe qui gravit la route de Chauny. Ces succès ne devaient pas inquiéter l’ennemi, seulement le rendre vigilant.
Le lundi 11 janvier, les premières lignes françaises couronnèrent l’éperon 132 presque en entier.
Mais le 12, l’ennemi s’émut et se ressaisit soudainement. Il lança alors des attaques grâce à une division concentrée dans la nuit. Pour soutenir la défense de l’éperon conquis, les bataillons français stationnés à Crouy s’élancèrent à leur tour dans le vallon de la Jossienne par-delà la voie ferrée Soissons-Laon. Ils furent vite stoppés par les tranchées adverses bien bétonnées et fortement organisées. Le soir, ils rentrèrent dans le village, tandis que l’éperon 132 restait entre nos mains.

Le mercredi 13 janvier. Une nouvelle offensive partait de Crouy sans résultat. En effet, le général von Kluck ayant eu connaissance de cette lutte, d’une tournure acharnée, engagée en avant de Soissons avait, grâce au réseau ferroviaire dont il disposait, amené de puissants renforts
Les Français restaient maîtres d’un chapelet de villages égrenés à l’est, le long du chemin de Crouy à Missy-sur-Aisne, dans la vallée. C’est là que von Kluck décida de contre-attaquer.
Ce général commandait la 1ère armée allemande qui dévia de son plan initial pour tenter un encerclement de nos forces, peu avant la 1ère bataille de la Marne (fin août-début septembre 1914). Grisé par le sentiment que la victoire devenait de plus en plus probable, il ne vit pas qu’il vulnérabilisait son flanc droit découvert face aux troupes françaises. Le coup d’œil d’aigle de Gallieni, l’entrain de Joffre et l’attaque de Maunoury firent le reste.

Nuit du 12 au 13 janvier. Von Kluck concentra des forces considérables à Vregny, encadrés d’une nouvelle et puissante artillerie. Les vagues d’assaut allemandes, couvertes par un feu d’artillerie d’enfer, dévalèrent les pentes et firent vite succomber les lignes françaises. Un pont militaire, installé à Missy, fut emporté par une forte crue de l’Aisne : conséquence funeste : nos réserves attendant sur la rive gauche ne purent intervenir. Le pont, rétabli sommairement, dut faire ses preuves et dut être protéger…
Le jeudi 14. Maîtres de Crouy, les Allemands tentèrent un coup de main sur la ferme de Saint-Paul à deux kilomètres des faubourgs de Soissons. Cette tentative se solda par un échec.
Le 15. Le calme revint, notre artillerie couvrit Soissons et les terres imbibées d’eau de pluie

Pour les Français : Cette « affaire » laissa supposer qu’une attaque d’envergure aurait été envisagée sur Laon.

Pour les Allemands : L’engagement de Crouy vint rompre une certaine morosité des communiqués. Même si Guillaume II en personne vint voir les résultats, sans plus…

Pour la petite Histoire, sachons que ce général von Kluck, cultivé et assez francophile, aimait se promener dans le nord de la France peu avant 1914 sous l’identité de Monsieur Kluck, entrepreneur. C’est ainsi qu’il acheta un vaste terrain plus ou poins accidenté sur le futur site du Chemin des Dames. Il fit des repérages, analysa la composition du sol, bref, prépara le terrain…


Conclusion

Nous remarquerons un fait : qui parle ici de Crouy parle du 23ème R.I.
Est-ce bien ce régiment ou un autre de l’Ain ? Le Journal des Marches et des Opérations (JMO) ne mentionne pas cette commune. Erreur peut-être bien compréhensible étant donné les difficultés d’une époque bouleversée, confusion avec d’autres numéros régimentaires ?
Bref, la Ville de Bourg et le département ont rendu hommage au sacrifice de leurs enfants. Leur héroïsme n’a pas été vain, leur sacrifice non plus. Un siècle après l’hécatombe de la Grande Guerre, saluons l’initiative municipale et départementale et la reconnaissance de la commune de Crouy. Le souvenir perdure : une rue de Bourg-en-Bresse en porte le nom, elle est l’adresse d’un grand Lycée de Bourg-en-Bresse en Région Rhône-Alpes.
Sans oublier le Passé, regardons ardemment vers l’Avenir.

Bourg-en-Bresse, le 11 décembre 2014
Patrick Subreville

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